5 février 2022

CrossCode

Voilà déjà 5 ans que j'ai testé la démo de Crosscode pour la première fois. Il aura fallu que 2022 arrive pour que je m'y essaye enfin. Pourquoi avoir attendu aussi longtemps ?

Pour plusieurs raisons... Tout d'abord, je voulais en profiter une fois que la phase d'early access serait terminée, ce qui n'est arrivé que fin 2018. Ensuite, j'attendais qu'une traduction française voie le jour. Celle-ci n'est disponible que grâce à un patch amateur (voir l'encadré ci-dessous). J'avais en effet beaucoup d'espoirs pour ce jeu et je tenais absolument à l'aborder dans de bonnes conditions. Est-ce que l'attente en valait la peine ? Ne laissons pas durer le suspens, oui, mille fois oui. Je dirais même que le jeu les a dépassés dans plusieurs domaines. Voyons ça ensemble…

Du retro moderne

Crosscode est un jeu de puzzle-action-RPG en 2D qui s'inspire des classiques de la période SNES comme Secret of Mana par exemple. Toutefois, il n'aurait jamais pu sortir sur une console 16bits : les sprites sont bien plus détaillés, les animations sont fluides, les décors sont variés et les effets sont spectaculaires. D'une manière générale, le travail fourni sur ce jeu est impressionnant, les développeurs nous proposent une quantité phénoménale de contenu de qualité. Le monde qui s'offre à nous est vaste et s'ouvre petit à petit comme dans un Zelda. Chaque zone se termine par un donjon. Ceux-ci sont très longs et comportent les défis les plus difficiles alors que les balades en open worlds sont plus tranquilles et focalisées sur l'exploration.

Les combats se déroulent en temps réels, ils sont rapides et impitoyables. On dispose de toute la palette de mouvement que l'on peut attendre d'un jeu d'action moderne : enchainements au corps à corps, tirs à distance, esquives, parades... Tout cela est très intuitif et ne perturbera pas les habitués du genre. Cependant, la complexité augmente petit à petit pour nous offrir de nouvelles possibilités.

Sans rentrer dans les détails, on débloquera assez rapidement un système d'éléments (feu, glace, foudre et onde) qui ajoutent chacun des effets différents et des coups spéciaux uniques. Ces effets seront évidemment utiles contre les ennemis : si vous croisez une créature qui ressemble à un bonhomme de neige, attaquer en mode feu sera probablement une bonne idée. C'est classique, mais ça apporte beaucoup de dynamismes à l'action, car changer d'éléments plusieurs fois au cours d'un combat est indispensable. Chaque monstre dispose d'un point faible qui permet d'en venir à bout plus facilement. On peut les vaincre en se reposant sur notre dextérité, mais il est souvent judicieux d'être plus patients et de chercher la meilleure stratégie, ce qui donne un petit côté puzzle à ces combats et les rend satisfaisants, quelle que soit la méthode employée.

Mais on est également confronté à de vrais puzzles. Je tiens à insister sur ce point, car c'est une grosse partie du jeu et pas seulement un entracte entre deux arènes. Ils sont difficiles et demandent de bien analyser les problèmes qui nous sont posés. Sur ce point-là, Crosscode se montre brillant et les énigmes utilisent exactement les mêmes mécaniques que celles dont on dispose pour le combat. Chaque donjon va ainsi nous enseigner de nouvelles façons de nous servir des différents éléments, qui viendront à leur tour enrichir les futurs affrontements lors de sortes de tests finaux qui combinent tout ce qu'on y a appris précédemment.

Le générique de fin, il se mérite

Je préfère vous prévenir : la difficulté est vraiment élevée, bien plus que je ne l'avais anticipée. Tous les combats sont tendus et demandent de bien éviter les tirs ennemis et d'attaquer au bon moment. Tous les puzzles sont malins et requièrent une certaine réflexion. Mise à part les balades dans l'open world, Crosscode est un jeu exigeant qui ne nous laisse pas un seul moment de répit, car les donjons présentent du challenge dans chacune des salles. Heureusement, l'échec n'est pas punitif et on ne perd jamais de progression en mourant, même si le risque d'exploser de rage est toujours présent à certains endroits.

Si besoin, les menus permettent de réduire la difficulté si cela devient trop pénible et les développeurs ont pensé à rajouter plusieurs curseurs différents, suivants si vous galérez avec les puzzles ou avec les combats. Toutefois, j'ai remarqué que beaucoup de passages qui m'ont posé des soucis venaient en fait d'une mauvaise compréhension d'une mécanique. Comme dit plus haut, les ennemis et les boss ont des points faibles et ne pas les exploiter peut les rendre ingérables. Concernant les puzzles, ils m'ont semblé plutôt bien équilibrés. Même s’ils peuvent paraitre trop complexes lorsqu'on les découvre, on peut les résoudre petit à petit, en tâtonnant et chaque étape suit un ordre logique.

Les combats peuvent également être adoucis grâce aux armures qui changent beaucoup les montants de dégâts infligés et reçus. On peut s'équiper dans les donjons ou via les différents marchands, mais les meilleurs objets du jeu s'obtiennent par un système de crafting. Celui-ci nous demande d'explorer le monde pour rechercher des ingrédients lâchés par les ennemis ou en trouvant des plantes rares. Ce n'est pas une activité très séduisante de prime abord, mais elle n'est pas obligatoire, la plupart des monstres n'étant même pas agressifs. Toutefois, j'ai apprécié cet aspect qui m'a paru très gratifiant. La carte est très bien remplie et propose des coffres difficiles d'accès, souvent cachés derrière des phases de plateformes ou de puzzles. De plus, les récompenses sont à la hauteur de notre investissement et les armures obtenues confèrent un énorme avantage au combat.

Jouer à jouer

Terminons par la partie la plus attachante : l'histoire et les personnages. Je vous laisserai découvrir l'intrigue par vous-même, mais sachez qu'elle se déroule dans l'univers d'un MMORPG. Il me semblait avoir déjà vu plusieurs mangas qui utilisaient ce thème, et en recherchant des informations pour cet article, j'ai appris que ce genre de concept s'appelle "Isekai" dans la culture japonaise.
Ainsi, l'aventure se situe entièrement au sein de "CrossWorlds" une sorte de parc d'attractions en réalité virtuelle. L'avantage de ce concept, c'est que les textes peuvent se permettre de commenter de façon très "méta" les systèmes de jeu sans que cela choque. Personnellement, j'ai longtemps joué à World of Warcraft, et j'ai pris plaisir à découvrir toutes les petites références aux codes du genre glissées un peu partout. Les PNJ qui fournissent les questions et les réponses, quoi qu'on leur dise. Les astuces de scénarios bidons qui déguisent le fait qu'un donjon n'est pas terminé. Les joueurs qui courent dans tous les sens. Ceux qui essayent de s'exprimer en RP et ceux qui s'en foutent complètement…

De notre côté, on dirige Lea, qui se retrouve coincée dans le jeu et doit y chercher des indices sur son passé. Lea ne peut presque pas parler, mais c'est de très loin la protagoniste silencieuse la plus intéressante que j'ai eu l'occasion d'incarner. C'est notamment grâce aux visuels très variés des portraits qui parviennent à communiquer beaucoup d'émotions. Les autres personnages rencontrés se montrent tout aussi attachants et j'ai toujours apprécié de les rejoindre après les donjons. En contraste avec la difficulté des puzzles et des combats, les interactions dégagent une ambiance feel good qui m'ont donné envie d'y revenir, juste pour ressentir les bonnes ondes de cet univers. Ça ne veut pas dire que l'histoire est gentille elle aussi. Elle pose certaines questions en toile de fond, que je ne pourrais pas aborder sans tomber dans des spoilers mais qui permettent notamment de réfléchir sur l'utilisation de la technologie.

Au final, j'ai passé des dizaines d'heures sur Crosscode, ce que je n'avais pas anticipé en l'achetant. Le jeu ne m'a pas paru lassant, il est bien rythmé et on a toujours l'impression de progresser. La durée de vie est assez colossale si on désire tout terminer à 100%. Le monde est bourré de secrets à trouver et de défis facultatifs à relever. Un DLC est également sorti, venant rajouter une suite à l'histoire ainsi que des challenges d'une difficulté particulièrement démentielle. Pour moi, Crosscode est un peu le Hollow Knight de l'action-RPG : un jeu proposé par une petite équipe passionnée qui n'invente rien de neuf, mais qui dispose de mécaniques bien huilées ainsi qu'une aventure à la fois belle, longue et exigeante. Et si vous hésitez, il existe une démo (dont une version jouable directement dans le navigateur) pour vous donner une idée de ce qui vous attend.

Conclusion

Crosscode ne révolutionnera pas le genre, mais il réussit tout ce qu'il propose :

- De l'action rapide et jouissive avec des tonnes de coups spéciaux.
- Des puzzles originaux qui demandent à la fois de la réflexion et une bonne exécution.
- Des personnages attachants et un univers que l'on prend plaisir à découvrir.
- Une réalisation implacable, avec des graphismes superbes et une musique qui fonctionne bien

Version française

Bien que la traduction française ne soit jamais sortie officiellement, j'ai découvert qu'un projet français existait et que le jeu était traduit en intégralité.

Cette traduction est absolument parfaite, je n'ai pas vu le moindre bug ou texte bizarre durant le jeu. Elle se fait oublier et m'a enfin permis de découvrir ce que Crosscode avait réellement dans le ventre ! Un immense merci à ceux qui ont bossé sur le projet, c'est du super travail et j'espère que cela pourra être inclus dans le jeu un jour.

Vous pouvez le récupérer à l'adresse suivante : https://github.com/L-Sherry/French-CC
L'installation est assez simple, vous n'avez qu'à suivre les instructions. Il suffit de décompresser les fichiers dans le dossier du jeu, et de bien penser à changer de langue dans le menu ensuite.

Laisser un commentaire

 

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.