12 mai 2022

Elden Ring

Le monde se divise en 2 catégories. Les personnes qui en ont marre d'entendre parler sans arrêt de Elden Ring et celles qui ont joué à Elden Ring... Il se trouve que je fais partie de cette dernière catégorie ! Je vais donc vous embêter 5 minutes avec ça et après je passe à autre chose, promis !

L'arbre-monde qui cache la forêt

Elden Ring est réellement un jeu dont on pourrait discuter pendant des dizaines de pages tant il est riche et généreux en contenu. Les râleurs trouveront que c'est juste un nouveau Dark Souls. Personnellement, je suis assez d'accord, mais je ne vois pas en quoi ce serait un défaut étant donné la qualité de cette série. Donc autant le dire tout de suite : oui, Elden Ring se ressent comme un best of des jeux From Software et possède des tonnes de moments de déjà-vu. On pourrait même avoir l'impression que les Dark Souls ont juste été des brouillons pour créer l'immense open world qui compose l'entre-terre, notre terrain de jeu.

Immense oui, c'est réellement le mot qui m'est le plus venu à l'esprit lors de mes explorations. Je me souviens avec émotion de ma progression dans Dark Souls. On pouvait parfois apercevoir une tour au loin. Quelques heures d'efforts plus tard, on était au sommet et on pouvait contempler le chemin parcouru... Elden Ring reproduit ce sentiment sans arrêt, dans des proportions bien plus gigantesques et tout ce qui est visible est accessible. Après quelques dizaines d'heures de jeu, on ne peut qu'être impressionné en ouvrant la carte et en constatant qu'on en a exploré une minuscule partie.

Et le pire, c'est que cette carte est loin de donner toute la mesure de ce qui existe. From Software est vraiment un studio qui maitrise la verticalité comme personne et ils sont parvenus à créer un monde qui exploite réellement les 3 dimensions. On passera donc beaucoup de temps à longer des précipices, à escalader des tours démesurées ou à gravir des montagnes vertigineuses. Il n'est pas rare que des secrets soient cachés sur plusieurs couches. Même lorsqu'on croit avoir visité une région, on peut souvent découvrir qu'un étage entier existait au dessus ou en dessous du chemin normal. Comme à son habitude, From Software n'hésite pas à créer des zones énormes que la plupart des gens ne verront jamais.

C'est loin, mais c'est beau

Toute cette immensité ne serait pas aussi impressionnante si elle se contentait de proposer des environnements stériles et répétitifs, mais c'est loin d'être le cas et Elden Ring est passionnant à visiter. Chaque découverte est un cadeau en elle-même, dévoilant de nouveaux objectifs qui étaient cachés auparavant. Les points d'intérêts sont partout et une soirée de jeu risque de ne pas être bien linéaire. On navigue plutôt d'une curiosité à une autre jusqu'à arriver dans un endroit totalement inconnu après de nombreux sauts de puces. Au lieu de couvrir sa carte d'indications, From Software a peuplé les environnements de structures naturelles et d'édifices visibles de très loin qui nous orientent vers les lieux importants.

Bien que notre objectif ne soit pas clair, on n'est donc jamais perdu même sans marqueur de quête. On s'arrête fréquemment pour contempler les paysages fascinants qui s'offrent à nous et trouver une route qui mène vers un détail qui nous intrigue. On traverse ainsi des décors qui semblent chargés d'histoire, à la manière de touristes qui visiteraient des ruines anciennes en se demandant ce qui a pu s'y dérouler. Dans le doute, on peut juste se diriger vers l'immense château qui surplombe la vallée et supposer que c'est bien ici que nous attend le prochain boss. On peut également partir au hasard, car les recoins dissimulés ou difficiles d'accès peuvent abriter leurs lots de surprises.

Bien sûr, tout n'est pas parfait… Certains niveaux ont un gout de copié-collé, notamment des mines ou des cryptes qui se répètent et que j'ai arrêté de visiter au bout d'un moment. L'univers de Elden Ring est très opaque, plus encore que ses prédécesseurs. Il est compliqué de s'y retrouver au milieu de cette nuée de PNJ et de cette marée de bibelots magiques. Si vous désirez tout comprendre, vous aurez donc le choix entre expérimenter ou aller consulter le wiki. Ce manque d'indications pourra peut-être se révéler intimidant si vous n'avez jamais touché à un jeu similaire. D'un autre côté, c'est agréable de lâcher prise et de simplement se laisser porter sans se soucier d'emprunter "le bon" chemin ou de tout visiter.

D'ailleurs, on a parfois la sensation de se promener dans un parc d'attractions. Les décors possèdent un aspect un peu artificiel lorsqu'on regarde l'horizon et qu'on voit tous ces bâtiments bien reconnaissables disposés devant nos yeux. Mais les jeux de From Software n'ont jamais cherché à représenter des univers très crédibles. Leur style, c'est plutôt de raconter des récits mythologiques d'un monde grandiose entrain de s'effondrer. Et de ce côté-là, on est encore une fois bien servis. On y affronte des douzaines de demi-dieux et autres créatures incroyables tout en se demandant bien pourquoi on le fait.

Combats moyenâgeux

Car oui, ne vous inquiétez pas, Elden Ring est principalement un jeu d'action et les combats représentent la majorité du gameplay. Les sensations ressemblent très largement à celles des précédents opus et des idées ont été piochées un peu partout. Toutefois, malgré des possibilités intéressantes, je trouve que c'est la partie que j'ai le moins appréciée. Je n'irai pas jusqu'à dire que c'est mauvais et ça reste très solide, mais on sent que le studio n'a pas beaucoup évolué dans ce domaine.

Techniquement, Elden Ring est un peu à la ramasse et j'ai parfois eu l'impression de lutter contre l'interface au lieu de me battre contre les boss. J'ai notamment subi de nombreux problèmes de caméras, de verrouillage capricieux, de hitbox difficiles à juger. Certaines attaques semblaient être correctes, mais ne touchaient pas. À l'inverse, les ennemis peuvent avoir une portée trompeusement longue. Et tant que l'on évoque ce sujet, impossible de ne pas écrire quelques mots sur les soucis de performances que beaucoup ont rencontrés (moi y compris). De ce côté, c'est un peu la loterie et certaines personnes ont obtenu une marée de bugs tandis que d'autres n'ont pas constaté de problème. Pour ma part, le jeu était fluide, mais souffrait de chutes de FPS temporaires dès que j'explorais une nouvelle zone. Il n'est jamais agréable de rater une esquive lors d'un affrontement déjà tendu à cause d'un freeze malheureux.

Je n'ai pas trop de reproches à faire à la majorité des monstres rencontrés, mais j'ai été moins enthousiasmé par les boss. Malgré leur nombre important, je n'en compte que quelques-uns qui m'ont vraiment marqué et que j'aimerai refaire. Certains sont réutilisés tellement de fois qu'ils finissent par perdre leur saveur. J'imagine qu'il a bien fallu remplir ces espaces immenses, mais il est toujours décevant de retrouver un boss mémorable en conclusion de l'une de ces sempiternelles mines facultatives.

Je regrette également que la dernière partie du jeu soit bien moins intéressante que le reste. Il se trouve que le niveau de notre personnage a bien plus d'impact que dans Dark Souls. On pourra donc rendre certains passages bien trop faciles en farmant. En revanche, vers la fin le jeu nous donne l'impression que nous sommes trop faibles, ce qui allonge un peu artificiellement la durée de vie. En plus de constituer un énorme pic de difficulté, la liberté et l'ouverture disparaissent au profit d'un enchainements d'ennemis très rapides. Dans ses dernières heures, Elden Ring perd ce qui faisait sa force et devient sa propre caricature, une suite d'affrontements épuisants et d'attaques frustrantes.

La meilleure défense c'est la fuite

Heureusement, Elden Ring nous offre de nombreux moyens pour personnaliser notre expérience de jeu. On dispose d'un grand choix d'armes et de magies. Il est à peu près certain que vous trouverez un style de combat vous attire. Même si certains builds semblent bien plus puissants que d'autres, il est possible de changer toutes ses stats au bout d'un moment. On pourra également mentionner les invocations qui permettent d'ajouter divers compagnons contre les boss. Celles-ci sont d'ailleurs surpuissantes et elles suffisent parfois à détourner leur attention pendant qu'on leur taillade tranquillement le mollet. Mais la nouveauté principale, c'est vraiment ce cheval qui nous offre un moyen de nous déplacer bien plus rapidement lorsqu'on est en extérieur. Celui-ci peut occasionnellement nous servir à combattre, bien qu'il ne soit pas assez maniable pour esquiver les attaques et il sera souvent plus utile pour fuir un ennemi trop pénible.

En effet, qui dit open world, dit liberté et le jeu nous autorise à éviter les combats assez facilement pour tenter notre chance vers des terres plus vertes. Même si j'ai été un peu déstabilisé au départ, c'est cette ouverture qui m'a réellement séduit. Aujourd'hui, je n'aurais tout simplement plus envie de démarrer un Dark Souls 3 et de me retrouver forcé à enchainer les niveaux dans l'ordre. Le fait de pouvoir choisir nos défis apporte un énorme vent de fraicheur au gameplay un peu oppressant des jeux de From Software. On n'est jamais obligé de se casser les dents durant une soirée contre un passage pénible. Un boss est trop soulant ? Contournons-le pour le moment. Cette zone est trop difficile ? Pourquoi ne pas aller ailleurs prendre de l'expérience avant de revenir tenter notre chance plus tard ?

Évidemment, certains défis restent obligatoires. C'est notamment le cas des donjons qu'il faut traverser pour affronter les boss principaux et accéder à la suite de l'histoire. Dans ceux-ci, Elden Ring se rapproche plus de Dark Souls et cesse d'être une fantastique balade à cheval pour devenir un jeu d'horreur angoissant. Les niveaux ont en effet été mis en scène avec soin et bénéficient d'une ambiance particulièrement travaillée. On entre rarement accueilli par une nuée d'ennemis. Plus souvent, le jeu prend son temps et nous laisse nous enfoncer petit à petit dans des décors vides et inquiétants tandis que des musiques sinistres viennent ajouter de la tension. On progresse silencieusement à l'affut du moindre bruit, en espérant repérer le danger avant qu'il ne nous aperçoive en premier.

Il est en effet possible de se déplacer furtivement dans Elden Ring. Même si j'ai cru au départ que c'était une fonctionnalité un peu gadget, je dois dire que j'ai adoré et que ça apporte un réel plus. D'une part, cela nous offre un nouvel outil qui nous permet d'éviter des adversaires les plus puissants. On tombe parfois sur des ennemis d'élite qui sont bien plus redoutables que leurs voisins et il semble évident que le jeu nous encourage très tôt à envisager d'autres méthodes que la manière bourrine. D’autre part, j'ai trouvé que cet aspect de "cache-cache" était vraiment très excitant et pouvait amener des moments de jeux très prenants. Certains châteaux ont été mémorables pour moi, car je les ai abordés comme des opérations d’infiltration et j'ai tenté d'explorer au maximum sans être repéré. C'était tendu, j'étais scotché à mon écran et j'ai adoré.

Conclusion

Elden Ring est une sorte de Best of de From Software... Un jeu qui rassemble les meilleurs éléments de toutes leurs créations et qui les sublime dans un immense open world. Plutôt que nous confronter à des défis incessants, Elden Ring nous permet de partir à l'aventure et d'explorer à notre guise.

Oui, on a souvent l'impression d'assister à une refonte des précédents épisodes. Oui, l'interface est datée et peu pratique. Oui, le jeu est bourré de soucis techniques. Oui, les boss sont parfois frustrants...

Mais tout cela, on l'oublie lorsqu'on chevauche dans un marais lugubre éclairé par la lune, lorsqu'on tente de traverser furtivement un château majestueux, lorsqu'on terrasse un chevalier légendaire après des heures d'efforts, lorsqu'on observe un paysage en ruine du haut d'une colline… Et ces moments générateurs d'émotions ne sont pas rares, ils sont omniprésents. Il n'y a pas une session où je ne suis pas tombé en admiration devant quelque chose.

Même s'il est impossible de dire que Elden Ring est parfait, il dépasse de loin la somme de ses défauts et il n'est pas étonnant qu'il ait déchainé un tel engouement. Je ne peux donc que vous recommander de l'essayer si ce n'est pas fait. Il n'est pas certain que vous accrochiez au gameplay, mais si c'est le cas, vous pourrez découvrir un jeu gratifiant qui vous rendra largement les efforts que vous y aurez investis.

Laisser un commentaire

 

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.