24 avril 2021

Omori

J'ai tout de suite su que c'était un jeu pour moi : un monde étrange et mignon, mais cachant une histoire d'horreur psychologique ? Je signe tout de suite ! 20 heures plus tard, je suis heureux d'avoir découvert Omori, mais il ne m'a pas laissé tout à fait indemne...

Jusqu'ici tout va bien

Avant tout, je ne voudrais pas vous le survendre ou vous en donner une fausse impression, car Omori est un jeu de niche, destiné à un public précis. Bien que ce soit un jeu d'horreur, on ne peut pas dire que Omori fasse peur, c'est même le contraire. La quasi-totalité de l'histoire se déroule dans une ambiance conviviale, accompagnée de musiques tantôt calmes, tantôt dynamiques, mais toujours très enjouées.

Du coup, il serait tentant de se laisser porter par cette bonne humeur communicative, mais on y arrive difficilement, à juste titre car tout ce bonheur nous inspire plutôt de la crainte et de l'angoisse. Car on le comprend très vite, cet univers merveilleux rempli de couleurs vives et d'habitants loufoques est un peu trop mignon pour être vrai. C'est un monde construit par l'imagination d'un enfant désirant vivre des aventures pour se cacher de la réalité. Et cette réalité, on sent bien qu'elle ne va pas être agréable à découvrir. On en aperçoit sans arrêt de brèves visions, des indices qui ne sont absolument pas clairs, mais qui nous glacent le sang en insinuant que, tôt ou tard, il va falloir passer par des révélations difficiles.

En attendant ce moment, on s'attache avec méfiance à ces personnages, à cette bande d'amis plus adorables les uns que les autres. Ils sont tous bienveillants à leur façon et possèdent leur personnalité bien définie. On en dirigera plus particulièrement 4 qui constituent l'équipe qui nous accompagne dans notre exploration. Leurs aventures les conduiront vers des rencontres de plus en plus surréalistes et donneront lieu à des scènes particulièrement drôles.

Jouer avec les sentiments

La majeure partie du gameplay est un RPG japonais plutôt classique, ce qui n'est pas une surprise, car le jeu reprend énormément d'idées de la série Mother dont il s'est fortement inspiré. On y mène donc des combats au tour par tour, on récupère quelques objets ou équipements et on monte en niveau pour apprendre de nouvelles capacités. Je trouve que la difficulté est plutôt bien dosée avec un bon équilibre entre simplicité et intérêt. Les combats sont loin d'avoir la profondeur d'un "pur" RPG, mais ils ne sont pas inintéressants pour autant et les boss proposent parfois un certain challenge qu'il ne faudra pas prendre à la légère.

L'une des originalités du système de combat se trouve dans l'utilisation des émotions en tant que buffs ou debuffs. Par exemple, un personnage en colère infligera plus de dégâts, mais sera également plus vulnérable. Il y a également un système de pierre/feuille/ciseau qui fait que certaines émotions seront plus efficaces contre d'autres. A part contre certains boss, leur utilisation n'est pas obligatoire, mais je trouve ce système excellent car il vient rajouter beaucoup de couleur aux combats.

Ce qui m'amène à la plus grande qualité de Omori : il est vraiment très bien construit. Dans Omori, beaucoup d'éléments fonctionnent à la fois comme mécanique de gameplay et comme outil de narration. Il y a beaucoup de doubles sens et l'interface est souvent utilisée pour renforcer les thèmes abordés. De leur côté, les dialogues et les visuels fourmillent de petits détails qui finiront par prendre du sens longtemps après les avoir vus... C'est vraiment une expérience très riche et profonde. Le jeu a mis très longtemps à sortir et je peux comprendre pourquoi en voyant le soin qui a été apporté à glisser un peu partout des connexions entre les différentes parties du récit.

Pour quel public ?

Malgré toutes ces qualités, je ne suis pas certain de recommander le jeu à beaucoup de gens pour autant. D'une part, les textes sont uniquement en anglais et il est nécessaire de prendre son temps et de les lire. Le gameplay est loin de suffire à donner un intérêt au jeu et il y a d'ailleurs quelques passages un peu longuets.

D'autre part, il faut être client de ce genre d'ambiance et il ne peut que décevoir les amateurs de sensations fortes ou de jumpscares. Comme je l'ai déjà évoqué, une petite partie du jeu seulement s'inscrit dans ce registre d'horreur psychologique et le reste est un RPG mignon et excentrique.

Malgré ça, ce n'est vraiment pas un jeu pour les enfants et il ne faut pas négliger les thèmes très durs et réalistes abordés. L'avertissement sur la page du magasin est le suivant : "This game contains depictions of depression, anxiety, and suicide, and may not be suitable for all audiences". Si vous êtes dans une mauvaise phase émotionnellement, ce n'est probablement pas le bon moment pour le découvrir, car ce n'est pas un jeu "feel-good" à mon avis.

J'imagine que Omori aura donc plus de difficultés qu'un Undertale à trouver son public et ce n'est pas forcément grave. Pour ma part, je suis toujours ravi de trouver un jeu qui arrive avec une vraie proposition et qui n'hésite pas à nous apporter une conclusion inconfortable, sans chercher à nous ménager.

Conclusion

Omori possède un gameplay agréable, de l'humour sympathique et un univers très imaginatif.

Mais Omori, c'est aussi un jeu d'horreur psychologique particulièrement bien construit fourmillant de bonnes idées qui nous amène à sortir petit à petit du confort d'un monde coloré pour nous amener à la désagréable acceptation de la réalité.

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