Quand j'étais petit, les ordinateurs me faisaient rêver. Ils paraissaient un peu magiques, pleins de secrets à explorer. Je me souviens de l'époque où j'ai découvert comment naviguer dans l'arborescence de vieilles disquettes, j'y trouvais parfois de nouveaux jeux ou logiciels. J'ai aussi appris à programmer, faire de la mise en page, modifier des images, le potentiel semblait infini ! Puis, internet est apparu et a décuplé toutes ces possibilités. Grâce à lui, on pouvait désormais récupérer des informations ou des fichiers, mais aussi créer son site web, jouer en ligne, communiquer...
Mais petit à petit, internet est devenu indispensable, que ce soit dans nos vies privées ou professionnelles. L'ordinateur est aujourd'hui utilisé par tous les employés de bureau et le marketing s'est emparé de tout ce potentiel. D'abord, ça a été par le biais de popup bien lourdes, mais bien vite, les entreprises sont devenues plus subtiles. Celles qui ont prospéré l'ont fait grâce à des outils qui se sont imposés dans nos quotidiens. Aujourd'hui, beaucoup des plus riches multinationales sont liées à l'informatique. Il y a même un nom pour ces géants du web, on les appelle les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft). Et bien que ce soit un peu cliché, c'est une réalité : dès que l'argent s'immisce quelque part, tout devient progressivement plus pourri...
Marre des mises à jour
À une époque, chaque mise à jour de Windows était un petit évènement qu'on attendait avec impatience. Les "service pack" amenaient beaucoup de fonctionnalités et la compatibilité avec le matériel devenaient de plus en plus simple, les plantages moins nombreux. Depuis Windows 8, Microsoft n'a de cesse que de modifier le menu démarrer dans tous les sens, alors que la plupart des gens étaient très contents du menu classique de Windows XP. Les interfaces anciennes et nouvelles se mélangent maintenant sans aucune cohérence et l'accès aux paramètres est un vrai labyrinthe...
Pire encore, il n'est désormais plus possible d'utiliser de compte hors ligne, et les scandales pour violation de notre vie privée sont trop nombreux pour être cités. Microsoft pousse autant que possible des fonctionnalités parasites et nous affiche des pubs incessantes pour ses autres services. Il est loin le temps où Microsoft était condamnée pour concurrence déloyale à cause de Internet Explorer ! Dans Windows 11, One Drive est activé par défaut, et l'IA Copilot vient se greffer à tous les programmes existants. Les mises à jour s'installent sans qu'on l'ait demandé et nous empêchent d'éteindre ou de démarrer notre ordi comme on le veut. Car oui, la stratégie de Microsoft est d'arrêter de proposer des "versions" de Windows. Il n'existera désormais plus qu'un seul système qui évoluera progressivement.
Quant à Google, c'est vraiment l'expert en la matière ! Si vous utilisez régulièrement leurs produits, vous avez surement remarqué que n'importe laquelle de leurs interfaces peut changer à tout moment selon leur bon vouloir. Que ce soit dans Gmail, Android sur notre téléphone ou même dans leurs outils pros, un bouton sur lequel vous appuyez chaque jour peut disparaitre sans vous demander votre avis. Bien sûr, ils développent eux aussi leur propre IA : Gemini, qu'ils tentent d'incruster absolument partout pour récolter encore plus de données. Si vous utilisez Google, vous avez vu apparaitre le "mode IA", une fonctionnalité qui synthétise les résultats sans vous inciter à cliquer dessus. L'une des conséquences, c'est que les sites qui nourrissent cette IA (sans leur consentement) sont aussi ceux qui perdent le trafic qui les faisait vivre. Si vous comprenez la stratégie à long terme, faites-moi signe !
Les outils se merdifient
Vous savez ce que j'attends d'un outil ? C'est qu'il soit fiable et que je puisse l'utiliser sans réfléchir. Je n'ai pas envie que les boutons de ma cuisinière changent régulièrement de place ou que mon tournevis change soudainement de poignée. Je veux que mes outils me servent toujours de la même façon, que je développe des automatismes qui me permettent de les oublier. Et ça devrait être pareil pour les outils numériques. Mais ce ne sont plus des outils désormais, ce sont des briques d'un gigantesque écosystème destiné à nous voler nos données, à nous pousser des pubs et, si possible, nous vendre des abonnements. Car, dans la tech moderne, il est de plus en plus rare de posséder quelque chose, on est désormais des locataires de la technologie.
Tout ça n'est pas un hasard, et ça porte même un nom : "la merdification". Le principe, c'est que les sociétés informatiques réussissent parce qu'elles proposent un produit attractif et très agréable à utiliser. Mais au bout d'un moment, il faut qu'elles gagnent de l'argent et ces entreprises se focalisent donc sur leurs clients, c'est-à-dire ceux qui payent. En général, le modèle repose sur la publicité ciblée en exploitant les données privées des utilisateurs du service. Et lorsque ces sociétés entrent en bourse, elles atteignent un nouveau stade : elles doivent faire plaisir aux actionnaires.
Dès lors, seule la rentabilité compte et même les employés de ces entreprises ne profitent pas de leur succès. Ces derniers sont régulièrement mis à la porte pour faire des économies. Et ça ne dépend pas du chiffre d'affaires, les plans de licenciements sont juste un outil utilisé pour "optimiser les marges" au moment des résultats trimestriels. La conséquence de cette merdification, c'est que les utilisateurs ne sont plus une priorité. On cherche surtout à les exploiter un maximum en pillant toutes leurs données personnelles et en essayant de leur vendre un maximum de services. Les interfaces et la qualité générale se dégradent, et il n'y a de toute façon plus assez de développeurs pour que tout fonctionne correctement.
Partir un jour
On pourrait se demander pourquoi les utilisateurs ne partent pas tout simplement ? Et c'est là tout le génie de ces entreprises tentaculaires. Elles multiplient les services interconnectés les uns avec les autres dans l'espoir qu'au moins l'un d'entre eux soit indispensable. Pour chaque service que l'on utilise, c'est autant de difficultés qui se rajoutent si on essaye de changer. Notez que certains outils nous verrouillent plus que d'autres. Cesser d'aller sur Google comme moteur de recherche est assez simple. En 2 clics, on peut passer sur Duckduckgo ou Startpage, par exemple. En revanche, il est plus compliqué de trouver une alternative à YouTube ou de migrer son adresse email (personnellement, j'ai un compte Gmail depuis 2007). Concernant Windows ou Android, c'est encore une autre paire de manches ! Changer carrément de système d'exploitation requiert certaines compétences techniques ainsi que du temps, et il y a souvent des problèmes de compatibilités avec des logiciels que l'on utilise au quotidien.
Mais si j'avais envie d'écrire cet article, c'est justement parce que j'ai passé ces derniers mois à essayer de diminuer ma dépendance auprès de ces géants du web. Je ne suis pas le seul à faire ça, la "degooglisation" est à la mode et les guides ou vidéos qui en parlent sont très nombreux. Pour ma part, j'ai remplacé Windows définitivement pour Linux et j'ai cessé d'utiliser une bonne partie des services Google. Et je pense que la solution pour partir est de ne surtout pas viser la perfection. Il faut voir ça comme un changement de mentalité à long terme au lieu de voir ça comme un énorme projet démoralisant. Donc, ne pas vouloir "quitter Google" par exemple, mais juste changer une chose à la fois. Aujourd'hui, ça pourrait être un moteur de recherche. Demain, ça pourrait être d'utiliser Firefox à la place de Chrome. La semaine prochaine, tester une application concurrente pendant quelques temps...
De plus, puisque ces entreprises nous "tiennent" grâce à leur écosystème, je pense qu'une parade efficace est de privilégier la variété et de ne plus dépendre d'un seul acteur. Ma stratégie, désormais, c'est de faire en sorte que chacun de mes besoins soit couvert par un logiciel ou un service que je peux quitter facilement. Évidemment, cette stratégie peut amener une certaine complexité de prime abord, mais elle est aussi beaucoup plus robuste car on ne dépend pas d'un seul prestataire qui contrôle tout. Après tout, plus un outil est simple et spécialisé, moins on n'a de chances d'avoir un soucis !
Ne pas regretter
Toutefois, il faut bien avouer que tous ces changements demandent des heures de travail et de l'énergie. De plus, beaucoup d'alternatives aux produits Google peuvent être payantes et je peux comprendre que ça soit un énorme blocage. Cependant, je pense qu'on peut aussi voir les choses différemment... Si Google nous offre gratuitement l'accès à un outil, qu'est-ce que ça signifie ? On paye forcément d'une autre façon : avec nos données, notre liberté, notre autonomie... À nous de nous demander si ça en vaut la peine.
Changer de logiciel signifie devoir apprendre de nouvelles choses. Il est peu probable de retrouver exactement les mêmes fonctionnalités si on installe un autre système d'exploitation. Cependant, on peut également avoir de très bonnes surprises et trouver encore mieux que ce qu'on avait. En effet, on a parfois tendance à être guidés par nos habitudes, alors qu'il existe des alternatives. Changer, ça peut donc être l'opportunité de faire un état des lieux, de regarder la concurrence et peut être d'améliorer son confort ou son usage.
Et je pense que c'est ce qui a été le plus excitant pour moi dans cette "aventure". En cherchant des solutions pour échapper aux GAFAM, j'ai redécouvert ce qui me plaisait dans l'informatique de ses débuts . Des petits logiciels créés par des passionnés, des communautés qui veulent partager gratuitement et surtout la satisfaction de faire fonctionner des choses par soi-même. C'est une vraie bouffée d'air frais, et j'ai l'impression d'avoir repris le contrôle de mon ordinateur en abandonnant des outils qui étaient conçus pour m'en donner le moins possible. C'est d'ailleurs un sujet dont j'aimerais reparler dans un prochain article, en explorant la notion de choix et de dépendance aux algorithmes.
À suivre...
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