Décidément, les Français ont quelque chose avec l'escalade. Après le fabuleux Jusant de Don't Nod, j'ai découvert cette année Cairn, le jeu de The Game Bakers. Ces derniers sont responsables de Furi, un jeu que j'adore. Cependant, Cairn est une proposition très différente bien qu'elle conserve des qualités propres au studio : un grand sens de l'esthétique et une bande-son mémorable. Mais le plus important selon moi, c'est à quel point leurs jeux sont focalisés autour d'un concept fort.
En effet, le principe de Cairn est très simple. On incarne Aava, une grimpeuse qui se prépare pour son défi ultime : l'ascension du mont Kami, un sommet jamais atteint. Cairn est un pur jeu d'escalade, pas très loin d'une simulation. On doit bouger chacun de nos appuis précisément pour progresser sans glisser. L'observation est cruciale pour réussir et bien choisir sa route fait toute la différence sur les murs les plus difficiles. Mais Cairn est aussi un jeu de survie. Grimper le mont Kami ne se fait pas en 2 heures. C'est plusieurs semaines qui seront nécessaires à Aava pour espérer en voir le sommet. Dès lors, il faut gérer sa nourriture, son eau et également ses réserves d'escalade... Magnésie, bandages, pitons... On se rend vite compte que ces ressources sont particulièrement précieuses et qu'elles nous seront indispensables lorsqu'on arrivera vers la fin de notre voyage.

Tellement immersif
Là où Cairn est très bon, c'est qu'il parvient à nous mettre dans l'état d'esprit de notre protagoniste. L'escalade est difficile, mais très prenante. Je ne sais pas si vous êtes familiers avec le concept "du Flow" : un état mental dans lequel on est complètement immergé par une tâche. Les jeux vidéos sont souvent très efficaces pour nous plonger dedans. Mais Cairn l'est particulièrement et je me suis rendu compte qu'à chaque fois que j'atteignais un sommet, je poussais un énorme soupir de soulagement, comme si tout mon corps avait disparu pendant la montée et que je le redécouvrais en arrivant en haut. On doit choisir chaque mouvement avec soin et précision. Dès qu'on s'éloigne un peu du sol, plus rien n'existe, à part le mur et les prises...
D'ailleurs, l'interface est assez minimaliste dans Cairn. Il n'y a pas de jauge de fatigue ni d'indications sur notre adhérence. Pour s'en sortir, il faut apprendre à lire les réactions de Aava. Ses tremblements, son souffle qui s'accélère, voir ses gémissements paniqués lorsqu'elle est à 2 doigts de lâcher-prise. C'est rare qu'un jeu nous demande de faire preuve d'empathie avec notre protagoniste au lieu de nous donner des informations explicites. De plus, l'escalade n'est pas scriptée : il faut réellement apprendre à grimper et j'ai senti que je progressais au fur et à mesure de mon ascension. C'est le signe d'un jeu très gratifiant : Cairn ne nous tiens jamais par la main. Il nous laisse le soin de choisir notre route librement et il y a rarement un trajet évident.

Une montée sans fin
On enchaine ainsi les escalades, de plus en plus difficiles et périlleuses. À chaque palier atteint, un nouveau sommet caché auparavant se profile à l'horizon. Comme une sorte de blague, ça ne semble jamais être le dernier. Et c'est cette incertitude qui nous pousse à la plus grande vigilance concernant le contenu de notre sac à dos. Le jeu nous laisse la possibilité de désactiver la partie survie, mais nous conseille de ne pas le faire pour vivre l'expérience à fond. En effet, on s’aperçoit que les montées sont de plus en plus difficiles, et que nos réserves seront vitales à la fin. On ne sait jamais si on parviendra à trouver de l'eau ou de la nourriture plus tard et on essaye d'optimiser tout ça au mieux.
La survie n'est pas si difficile que ça au final. Même en faisant quelques erreurs, comme manger des nouilles crues avant de découvrir comment les faire cuire, j'ai réussi à conserver assez de nourriture pour arriver jusqu'au bout. Pourtant, malgré la faim et la soif qui augmente sans arrêt, on est encouragés à prendre notre temps. Notre personnage marche lentement et les trajets entre les escalades offrent des pauses contemplatives. Ceci dit, la survie n'est pas gratuite non plus. On a fortement intérêt à explorer, fouiller, chercher des recettes et trouver ce qu'il est important de garder dans son sac et ce qu'il faut jeter. Cet aspect gestion des ressources ajoute beaucoup de tension au jeu, il vient se greffer à notre charge mentale et reste présent dans notre tête tout le long de la montée.

Difficile, mais gratifiant
Car Cairn n'est pas juste un jeu d'escalade. Notre flow est parfois brisé par des messages reçus de la part de certains proches restés en bas. Aava ne répond jamais, mais il est indéniable que ces messages l'affectent et on ne peut qu'imaginer l'histoire de sa vie qui ne nous sera jamais complètement racontée. Cependant, lorsqu'on est accrochée à la paroi, on n'a d'autre choix que de continuer à monter. On n'a pas l'opportunité de gérer les soucis ou la tristesse lorsqu'on est suspendus au-dessus du vide, et je me suis d'ailleurs demandé si ce n'était pas ça qui poussait Aava à poursuivre son ascension suicidaire.
Cairn est difficile et souvent frustrant. On tombe, parfois d'une façon qui semble injuste. J'ai dû m'y reprendre à de nombreuses fois pour franchir certains passages. Et au bout d'un moment, le jeu nous propose un choix : voulez-vous oublier tout ça et redescendre en sécurité ? Je n'ai pas hésité une seule seconde, il était impensable que j'arrête maintenant, pas après tout ce que j'avais affronté. Ce que je ne savais pas, c'est qu'il me restait encore bien des efforts et de difficultés. Lors de ma partie finale, après plusieurs heures d'une escalade qui ne semblait jamais finir, je suis arrivé au sommet. J'ai rarement ressenti autant de soulagement et de satisfaction à la fin d'un jeu. J'ai eu du mal à dormir ce soir-là.

Conclusion
Cairn est un jeu exceptionnel. Visuellement superbe et majestueux. Il nous fait vivre l'histoire d'une personne qui veut aller au bout de ses limites pour relever un défi. C'est un jeu exigent qui l'est pour de bonnes raisons : il nous propose de faire corps avec notre héroïne et de ressentir les mêmes frustrations et les mêmes gratifications. Pour moi qui aime les jeux qui déclenchent des émotions, c'était un vrai bonheur et Cairn restera mémorable.









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