13 mars 2017

Divagations sur Ghost in the Shell

Récemment, je suis tombé sur la bande annonce du futur film "Ghost in the Shell".
Ce ne sont que les premières images et il faut bien garder à l'esprit qu'elles sont gérées par le marketing. Il est donc trop tôt pour se faire une véritable opinion.

En revanche, cela n'empêche pas de se faire un premier avis et il y a plusieurs lignes de dialogues qui m'ont vraiment fait tiquer. Comme j'aime la science fiction et que j'aime encore plus me prendre la tête sur des détails sans importance, voici quelques divagations sur le sujet !

Cette futur adaptation semble être beaucoup inspiré par l'animé de 1995 et je vais moi aussi parler principalement de celui-ci.

Ghost in the Shell : le film de 1995

Le film met en scène le Puppet Master, une intelligence artificielle ayant atteint un très haut niveau de conscience, suffisamment pour devenir "indépendant". Le thème principal de cette histoire est donc la conscience. Quelle est la différence entre une intelligence artificielle et un individu humain ?

Dans Ghost in the Shell, les corps modifiés sont quelque chose de très banal. Le protagoniste, le Major Motoko Kusanagi, possède un corps entièrement cybernétique. Elle avait auparavant un corps biologique, elle possède des souvenirs et elle est traité comme une personne à part entière par tous ses coéquipiers. Malgré tout cela, elle ne se sent pas humaine, elle a la sensation que son corps n'est pas le sien et qu'il lui manque quelque chose.

A l'inverse, le Puppet Master ne possède à l'origine pas de corps car son intelligence est entièrement artificielle. Pourtant, il semble posséder une conscience qui lui est propre et il possède un désir de survivre.

Sommes-nous uniquement la somme des impulsions électriques qui animent notre cerveau ? Dans ce cas, une machine possédant une intelligence artificielle ne serait-elle pas également un individu à part entière ?

La bande annonce du film de 2017

Comparons maintenant ces thèmes avec les extraits que l'on a pu voir du prochain film.

Bien évidement, tout ceci n'est que pure extrapolation mais on a vu suffisamment de phrases embarrassantes à analyser. En plus c'est mon blog, je fais ce que je veux !

Avant tout, je sais qu'il y a eu une polémique ridicule sur le casting de Scarlett Johansson... Honnêtement je n'en ai rien à cirer. A part le fait que je ne suis pas fan de ces actrices qui prononcent chaque phrase en soupirant, je ne suis pas choqué qu'elle ait été choisie pour ce rôle. Ce qui m’intéresse, c'est réellement le scénario et les dialogues.

Le thème de "l'élu"

Voici quelques phrases entendues dans les bandes annonces :

- Tu es unique (You are the first of your kind)
- Nous t'avons sauvé. A toi de sauver les autres
- Combien d'autres y en a-t-il eu avant moi ?

Alors, j'ai un soucis avec ça. L’intérêt de Ghost in the Shell, c'est que les modifications sont banales dans cet univers et qu'elles n'étonnent plus personne. Certes, le major possède un corps entièrement cybernétique, ce qui est un luxe qu'elle doit au fait de travailler pour une unité d'élite mais ce n'est pas quelque chose d'incroyable.

De plus, l'idée de "l'être élu" est complètement à l'opposé de l'interrogation sur l'identité. Kusanagi se demande au contraire ce qui fait d'elle un individu unique et différent d'une machine.

Par exemple, dans une scène de l'animé, elle demande à Batou si il trouve qu'elle ressemble à un corps de robot démembré qu'ils viennent de récupérer. C'est renforcé par une autre scène qui a eu lieu un peu plus tôt, dans laquelle elle aperçoit au loin un personne qui semble lui ressembler trait pour trait.

Le cliché de la perte de mémoire

- Qu'est-ce que tu es ?
- Je sais que j'ai un passé, je vais trouver qui j'étais
- Tout ce qu'ils t'ont dit est un mensonge

C'est ici qu'on arrive à un vrai hors sujet pour moi. Ghost in the Shell s'interroge sur la conscience et la différence entre un humain et une machine. Ce sont des questions philosophiques très personnelles... Pas un mystère du style "ils ont fait quelque chose dans ton passé !".

Certes, on a une histoire qui comporte des cerveaux piratés et des faux souvenirs, mais ce n'est pas le thème. C'est simplement une illustration concrète permettant d'amener la question suivante : est-ce que l'âme existe ou sommes-nous seulement la somme de nos souvenirs ? On peut ainsi s'interroger... Si on copie nos souvenirs dans un autre corps, est-ce que l'on obtient une personne identique ?

Mais non, ils n'ont pas pu s'en empêcher, nous avons encore le droit au cliché de la perte de mémoire. On est donc parti pour retrouver Jason Bourne dans le futur visiblement. Une histoire de perte de mémoire et de revanche...

La conspiration

- Je ne sais pas qui croire
- Ils m'ont créé mais ils ne peuvent pas me contrôler
- Tout ce qu'ils t'ont dit est un mensonge
- Elle était sensé avoir un cerveau vierge

Et nous voila reparti dans un autre cliché. L'agent du gouvernement qui se rend compte qu'il travaille en réalité pour les "méchants", en général une branche secrète du gouvernement (coucou Jason Bourne encore).

D'autre part, ce qui me gène avec le slogan du film "ils l'ont créé mais ils ne peuvent pas la contrôler", c'est qu'encore une fois la science et la technologie sont montrés sous un angle négatif. C'est à dire que l'on a des "méchants" médecins qui font d'horrible à chose à une personne alors qu'ils sont sensé la soigner.

Ca m'agace pour 2 raisons : d'une part je n'aime pas les "méchants" dans les histoires. C'est trop facile et le monde ne fonctionne pas comme ça. D'autre part, l'une que j'adore dans l'univers de Ghost in the Shell, c'est que la technologie n'est pas traité comme quelque chose de négatif.

Beaucoup de films comme The Matrix ou Terminator considèrent l'intelligence artificielle comme un danger et en font donc par défaut "le méchant". En réalité, nous le voyons au quotidien, les ordinateurs nous aident, nous rendent la vie plus facile. Qui serait réellement prêt à se passer de son smartphone aujourd'hui ?

Ghost in the Shell propose une approche intéressante et ne diabolise pas la technologie, elle est traité de façon bien plus neutre et surtout plus crédible. L'ambiance de complot est donc vraiment décevante pour moi et j'aurais apprécié un peu plus de subtilité et d'originalité.

On s'en fout de la philosophie, c'est chiant !

A ce moment, vous pourriez me faire deux objections, d'une part que la philosophie c'est chiant et d'autre par qu'une adaptation n'a pas besoin d'être fidèle à l'original.

Je ne pense absolument pas qu'une adaptation doit être identiques à l'original, bien au contraire. Je pense en revanche que lorsqu'on utilise une franchise culte, il est important d'en respecter les thèmes et d'en préserver ce qui a fait son succès. Si une oeuvre comme Ghost in the Shell se retrouve réduite à un bête film d'action, ce sera donc pour moi une grosse opportunité de manquée.

Et oui, je suis d'accord, la philo c'est chiant et c'est difficile d'accès. Raison de plus pour profiter d'un film pour explorer de tels concepts ! La science fiction nous offre une superbe opportunité pour s'interroger de façon concrète sur notre existence sans avoir à lire des ouvrages obscurs. Il suffit simplement de se laisser porter par le récit et de profiter de cette mise en situation.

Le Ghost in the Shell de 95 n'est pas parfait : ses dialogues consistent bien trop souvent à réciter des concepts philosophiques de façon très lourde et peu naturelle. C'est quelque chose que je vois peu de gens lui reprocher alors que c'est une très mauvaise approche à mon avis. Mais ce n'est heureusement pas le seul intérêt ce film, il parvient également à illustrer son sujet grâce à des scènes puissantes.

Le meilleur exemple est pour moi l'interrogatoire de l'éboueur ayant son cerveau piraté. Il vient d'apprendre que les souvenirs qu'ils possèdent sont faux, que la femme et la fille qu'il pensait avoir n'existent pas. Il est bouleversé à juste titre et sa vie vient de basculer. Pourtant, il sera toujours considéré comme le même individu par la société. Le Major observe la scène et on peut alors penser qu'elle s'interroge sur sa propre identité. Si nous ne sommes que la somme de nos souvenirs, devenons-nous quelqu'un d'autre lorsque nos souvenirs sont altérés ?
Nous savons que notre mémoire est imparfaite et on peut encore plus en douter si notre cerveau est artificiel et peut-être piraté.

Conclusion

Je pense qu'on peut faire des films profonds et philosophiques sans forcément avoir des dialogues lourds et chiants. Il suffit de regarder Blade Runner pour en avoir un bon exemple. De la même façon, de nombreux jeux vidéos parviennent à nous faire réfléchir uniquement grâce à des mises en situation et c'est ce que j'ai aimé dans des jeux un peu philosophiques comme Soma, The Swapper ou The Talos Principle.

Malheureusement, ça risque d'être bien plus difficile d'amener de la profondeur lorsqu'on veut dans un seul film sauver le monde, découvrir son passé et se venger d'une organisation maléfique.

Vous l'aurez compris, j'ai de gros doute sur le fait que "Ghost in the Shell" puisse être aussi marquant que l'animé de 1995. Cela ne veut pas dire que ça sera un mauvais film même si Hollywood est très fort pour tout transformer en caca.

Cependant, j'ai peur que les dialogues soient simplistes, que l'on nous prenne pour des idiots, que les personnages soient stupides pour qu'on se retrouve au final avec un film d'action classique et d'aseptisé. Pour une franchise comme Ghost in the Shell, ça serait vraiment du gâchis.

Des analyses intéressantes :

 

2 commentaires pour “Divagations sur Ghost in the Shell

  1. Skritz dit :

    Bon, j'ai vu le film mardi soir :

    Au final, tout ce que j'ai écris ci-dessus s'est plus ou moins vérifié.

    L'histoire semble être un gros mix des précédentes adaptation de Ghost in the Shell, on prend un peu de tout et on transforme ça en histoire facile à comprendre. Le film la joue très safe. Le scénario est bateau, vu et revu : la technologie c'est caca, les grosses sociétés c'est pas bien. Le méchant est très méchant, il aime les armes et il tue des gentils (mais que fait la police ?). Heureusement, à la fin les gentils tuent les méchants et tout le monde est content... Aucune subtilité, aucune profondeur.

    Le thème du film s'éloigne complètement de celui de 1995... Ce qui ne serait pas un soucis si il n'y faisait pas référence toutes les 10 minutes. C'est louable de créer une nouvelle histoire et de renouveler le thème mais dans ce cas il ne faut pas reprendre des scènes plans par plans en essayant de les faire coller vaguement à l'histoire.

    Un détail qui m'a amusé : la stratégie principale de notre héroïne semble être de se faire capturer... Pas moins de 3 fois, l'histoire progresse grâce à ça, c'est un record ! On a rarement vu un personnage sensé être "badass" aussi peu en contrôle de la situation.

    Globalement le film n'est pas désagréable et j'ai bien aimé le visuel de certains plans, notamment certaines parties de la ville. Au départ je pensais écrire une critique plus complète mais ce Ghost in the Shell est si peu mémorable que je n'en ai pas vraiment l'envie. Ce n'est pas qu'il est nul, c'est qu'il m'a laissé complètement indifférent.

    Je n'ai pas passé un mauvais moment mais il ne m'a rien apporté : pas de souvenir marquant, pas de réflexion intéressante, pas d'envie d'en voir plus.

  2. Philippe Cadique dit :

    Toute la philosophie n'est pas "chiante" et l'intérêt de la SF est peut-être justement de faire réfléchir sans en avoir l'air (comme le montre cet article : « Littérature pour temps incertains », Methodos [En ligne], 15 | 2015. URL : http://methodos.revues.org/4178). Il faut juste arrêter d'utiliser les mots qui font peur...

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