14 février 2016

The Witness

Après plus de 7 ans de développement, le nouveau jeu de Jonathan Blow est enfin sorti ! Pour ceux qui ne le connaissent pas, Jonathan Blow est l'auteur de Braid, l'un des premiers jeux indépendants à avoir eu un gros succès commercial. Depuis, il n'avait sorti aucun jeu et s'était entièrement consacré à développer The Witness avec l'aide d'une petite équipe.

Est-ce que l'attente est à la hauteur du résultat ? C'est difficile à dire mais on va essayer !

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Le Dark Souls du puzzle game !

Il y a quelque chose qui a tendance à m'agacer : dès qu'un jeu est difficile, on trouvera forcément des commentaires pour écrire que "c'est comme Dark Souls". D'une part, Dark Souls est loin d'être le seul jeu difficile qui existe même parmi les jeux grand publics et d'autre part, ça n'apporte généralement aucune information car dire qu'un jeu est difficile est assez vague.  De plus, il y a une particularité rare qui rend Dark Souls difficile : le joueur est livré à lui même dans un monde inconnu et n'est pas pris par la main.

Nous en arrivons donc à The Witness et pour une fois, je trouve la comparaison avec Dark Souls vraiment pertinente ! On est en effet plongé dans un monde ouvert et très bien construit. Dès le départ, on peut se rendre presque partout et il existe de nombreux chemins pour aller d'un point A vers un point B. L'île dans laquelle se déroule le jeu n'est pas immense mais elle est très dense et il est très rapide de se déplacer ou l'on veut. De plus, de nombreux raccourcis peuvent être ouverts au fur et à mesure de notre progression, nous évitant ainsi de devoir revenir sur nos pas trop souvent.

The Witness est, comme Dark Souls, extrêmement avare en explications. Un bref tutoriel nous apprend comment interagir avec les puzzles et ensuite c'est terminé, on n'aura plus une seule indication de tout le jeu. Tout l'enseignement se fait grâce au game design réellement brillant des puzzles et de l’environnement. Chaque nouvelle mécanique est introduite dans une zone bien précise grâce à des puzzles qui sont tout d'abord très simples. Le jeu n'hésite pas à nous proposer de nombreux exemples avec à chaque fois une petite variation pour vraiment nous donner l'opportunité de comprendre et non pas résoudre le puzzle par hasard. Il faudra profiter de ces "tutoriaux" pour bien comprendre le fonctionnement exact des règles car plus tard, celles-ci seront mélangées dans des puzzles bien plus compliqués.

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Une île remplie de détails

Ainsi, le joueur n'est ainsi jamais pris par la main mais il n'est pas non plus pris en traître et toutes les clés lui sont données pour lui permettre de comprendre ce qu'on attend de lui. Si un puzzle s'avère incompréhensible, il est souvent préférable de le laisser de coté pour le moment, en attendant de trouver des versions plus simples et revenir lorsque l'on aura compris le principe. C'est là que la notion d'open world prend tout son sens : le jeu propose des centaines de puzzles et ne s'attend pas à ce que vous les résolviez tous, du moins pas au départ. Le joueur est ainsi encouragé à visiter l'île dans un premier temps pour trouver les zones "tutorial" et apprendre les règles avant de s'attaquer à des défis plus difficiles et complexes.

Cet aspect monde ouvert permet aussi au joueur de choisir son rythme de jeu. On peut donc y consacrer une soirée pour tenter de progresser sur des séries de puzzles complexes, mais on peut également le lancer pour y passer 10 minutes, se promener un peu et tenter de résoudre 1 ou 2 puzzles pendant sa pause repas.

L'aspect exploration et contemplation n'est pas à négliger car, pour ma part, je trouve les graphismes magnifiques et le jeu possède un aspect visuel vraiment unique. Une énorme attention a été apportée dans le choix des couleurs et surtout, la construction des décors. Le monde de The Witness regorge de mystères et même à ce jour il n'est pas certain que tout ait été découvert.

Ainsi, rien qu'en se promenant, on peut apprécier l'énorme travail a été fourni pour réunir autant de détails dans un jeu. Le placement de la moindre branche d'arbre est étudié avec soin et la moindre ombre, le moindre reflet peut avoir un sens. Certains lieux proposent de véritables tableaux cachées qui ne se révèlent qu'une fois qu'on les regarde à partir du bon endroit. Ils semblent raconter une histoire et nous encouragent à considérer une situation sous plusieurs angles, ce qui sera utile également pour résoudre certains puzzles...

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Des puzzles par centaines

Ces puzzles, parlons-en. Tout comme Braid l'avait fait avant lui, The Witness explore un concept unique et tente de le décliner de toutes les façons possibles et imaginables. Ainsi, le seul type de puzzle que l'on va devoir résoudre est une sorte de labyrinthe dans lequel il faut tracer une ligne de l'entrée jusqu'à la sortie. Bien sur, ça ne sera jamais aussi simple et il faudra parfois passer par des points imposés, d'autres fois il faudra tracer des formes précises ou encore isoler des symboles colorés les uns des autres...

Les variations sont infinies et on ne peut pas reprocher à l'équipe de développement d'avoir été avare. Il y en a plus de 600 et on trouvera donc un peu de tout. Si vous aimez les puzzles, vous ne risquez pas vous ennuyer dans ce jeu tellement il est dense et bourré de bonnes idées. Peut être un peu trop parfois, car certains ne plairont pas à tout le monde et j'en ai même détesté certains. Je pense par exemple aux puzzles qui "s'éteignent" lorsque l'on rentre une mauvaise solution. Il faut alors revenir en arrière pour refaire le puzzle précédent et pouvoir réessayer.

Certains puzzles sont également pénibles visuellement et semblent essayer de nous mettre malade. J'ai aussi eu la mauvaise surprise de découvrir des puzzles basés sur le son. Ce n'est pas un problème en soit mais le jeu se déroule presque entièrement sans musique et j'avais donc fini par couper le son du jeu pour écouter autre chose à coté...

Globalement ce n'est pas un gros soucis car on peut souvent passer son chemin et aller voir ailleurs mais si on veut finir le jeu de bout en bout, on est obligé de passer par des moments qui ne seront pas toujours très plaisants.

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Quand la relaxation cède la place à l'agacement

On en arrive donc à un sujet plus délicat, car malgré tout le bien que j'ai pu écrire, il m'a fallu très longtemps pour réellement apprécier ce jeu. The Witness est sensé être une expérience relaxante et les décors pointent sans arrêt vers ce coté "zen" que l'on essaye de nous communiquer. Pourtant, ça ne l'empêche pas de m'avoir beaucoup énervé.

Mon principal reproche pour The Witness, c'est que les puzzles n'exploitent pas assez le fait d'être un jeu vidéo. La majorité d'entre eux pourraient tout aussi bien exister dans une application mobile... ou dans un magazine. Votre meilleur ami pour l'aventure sera donc un crayon et votre cahier à petits carreaux ou encore mieux : Photoshop et des captures d'écrans.

Ça parait surprenant et au début j'ai eu l'impression de tricher. Mais on fini par tomber sur des solutions de puzzles qu'il faut aller recopier à un autre endroit de l'île et il n'y a donc aucun doute sur le fait que le jeu a été prévu pour être terminé en prenant des notes.

Il est clair que pour Jonathan Blow le jeu doit se dérouler avant tout dans l'esprit du joueur. Mais pour moi, il est étrange d'avoir un monde si beau et de passer la moitié de mon temps à regarder des tableaux en 2D et ma feuille de papier...

Heureusement, le jeu a ses moments de génie et plusieurs puzzles exploitent à merveille l'environnement. Parfois, le joueur est forcé de regarder le puzzle sous un angle différent, de prendre de la distance ou de chercher une réponse dans le décors. Parfois, le jeu nous demande de nous déplacer dans un labyrinthe en 3D pour découvrir le solution. Dans ces moments The Witness prend tout son intérêt en tant que jeu vidéo et on peut regretter de devoir supporter tous ces tableaux austères le reste du temps.

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Un jeu épuisant

The Witness est un jeu énorme et on peut apprécier le travail colossal fourni pour cacher autant de détails un peu partout. Mais c'est aussi un jeu très difficile, très obscur et donc définitivement élitiste. Alors que je pourrais conseiller Braid à n'importe qui, je ne recommanderais The Witness qu'aux fans de puzzle les plus acharnés.

Le plus gros soucis est, selon moi, que TOUT est un puzzle dans The Witness. Le jeu ne lâche rien et il faut réellement s'impliquer pour progresser : ouvrir une porte est un puzzle, comprendre les mécaniques est un puzzle, comprendre "l'histoire" est aussi un puzzle en soit...

Vous allez me dire "c'est un puzzle game, heureusement qu'il faut réfléchir". Oui, mais dans The Witness il n'y a rien d'autre et on nos efforts ne sont jamais récompensés autrement que par une nouvelle énigme. En général, après avoir sué pendant des heures pour résoudre une série de problèmes bien tordus, on peut enfin accéder à un nouveau lieu et avoir la joie de découvrir... de nouveaux puzzles.

Ainsi, seuls les joueurs les plus résistants pourront percer le secret de l'île et découvrir la vrai fin. Les autres s'épuiseront devant un jeu impénétrable n'apportant aucune explication sur les mystères qui les entourent. Ils resteront donc sur un sentiment d'inachevé et devront se contenter de la fausse fin qui apporte plus de frustration que de réponses.

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Terminons sur une note positive

Ceci étant dit, j'ai tout de même aimé The Witness et je suis heureux qu'un jeu pareil existe. J'ai commencé à mieux l'apprécier quand j'ai arrêté de le considérer comme un jeu d'aventure ou comme un jeu de réflexion à histoire comme Portal ou The Talos Principle. The Witness est un jeu de puzzle harcore destiné à un public aussi passionné que l'équipe de développement.

J'ai beaucoup d'admiration pour le travail de Jonathan Blow car il a beaucoup de respect et de considération pour le joueur. Il ne veut pas que l'on joue pour débloquer une cinématique ou un achievement, il veut que l'on joue parce qu'on aime le jeu et ses mécaniques. A aucun moment ce jeu ne cède à la tendance actuelle qui veut que tous les joueurs doivent être capables de voir la fin du jeu. The Witness n'a pas peur de perdre une partie de son public potentiel et ne cherche pas à lui rendre la tâche plus facile.

Le résultat, c'est un jeu imparfait et pas forcément très attirant mais certainement unique en son genre. C'est un jeu honnête, dénué de tout ce qui pourrait être superflu et composé uniquement de mécaniques de jeux. Ça ne l'empêche pas de contenir de grands moments, comme lorsque j'ai enfin compris l'utilité des monolithe (après plus de 15 heures de jeu !). Je suis resté bouche bée devant tant d'ingéniosité et ça restera un souvenir très fort.

Au final, il est indéniable que The Witness est le fruit d'un travail considérable et il mérite largement son prix. Je ne pourrais pas le conseiller à beaucoup de joueurs, mais pour ceux qui font partie du public visé, il pourrait bien être le meilleur jeu jamais créé.

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Conclusion

The Witness est un jeu de puzzle pur et dur, froid et exigeant. Ici vous ne serez ni aidé, ni récompensé par des cinématiques ou un morceau d'histoire.

Si pour vous, résoudre un casse-tête difficile est une récompense en soi, alors ce jeu vous plaira. L'exploration est un bonheur et le design de l'île est fantastique.

2 commentaires pour “The Witness

  1. Bradley dit :

    Hello.
    Personnellement, j’aime beaucoup le jeu The Witness. En fait, ce qui m’a plu, c’est le décor qui sort complètement de l’ordinaire. Le graphisme est peu commun et c’est pour cela que j’aime ce genre de jeux.
    A+

  2. Martine dit :

    Coucou,
    The Witness a été à la hauteur de mes espérances ! Ce jeu est ce qu’on pourrait qualifier d’ovni vidéoludique. On a eu droit à un merveilleux scénario et de plus, le gameplay est tout à fait fluide.

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